À Berlin, l’architecte néerlandais Bertjan Diphoorn a découvert le potentiel résidentiel de la Sprée. Il a conçu trois bateaux-logements particuliers, au cœur de Berlin et néanmoins en pleine nature. Les bateaux sont innovants et multifonctionnels à bien des égards. Dans cette interview, l’entrepreneur berlinois Kolja Stegemann raconte à quoi ressemble la vie dans un endroit aussi inhabituel.

Le chemin qui mène au bateau de Kolja Stegemann nous fait traverser un ancien port industriel et emprunter une simple passerelle en bois. À gauche, des voiliers et des bateaux à moteur, à droite, trois bateaux-logements, les uns à côté des autres. « De l’extérieur, on ne peut pas vraiment voir à quoi ressemblent ces bateaux », dit Kolja en riant. L’entrepreneur connaît bien l’effet de surprise qu’ont ces ‘FLODD boats’ sur les visiteurs. FLODD signifie Floating Dutch Design, un concept de l’architecte néerlandais Bertjan Diphoorn.

Kolja ouvre la porte sur une large vue dégagée : la Sprée, lisse comme un miroir, le skyline de Berlin sur la gauche, à droite un massif dense de roseaux. Au milieu, quelques bateaux et ‘stand-up paddlers’ au loin. Et juste devant la passerelle, qui sert en même temps de terrasse à l’avant de la maison flottante, des hérons, des grèbes et des cygnes se reposent.

Pour profiter de cette vue unique en toute tranquillité, Kolja prend les coussins du canapé et les pose sur la passerelle. Comme tant d’autres aspects de ce bateau-logement, l’espace de vie peut être transformé de manière fonctionnelle, selon le moment et la façon dont les résidents le souhaitent. Si quelqu’un veut y passer la nuit, Kolja sort un deuxième lit du mur. Pratique, mais aussi esthétique. Comme tout ce qu’on trouve sur le FLODD, en fin de compte.

Quel sentiment un espace doit-il dégager pour qu’on s’y sente chez soi ?

« Une atmosphère et de l’harmonie. J’ai vu des habitations de 300 m² sans y trouver le moindre endroit où je puisse me sentir réellement bien. Ou des espaces de moins de 15 m² qui respiraient d’emblée la convivialité. Je pense que ce qu’on ressent provient toujours de ce que dégage un espace. Il ne suffit pas d’y mettre un chouette meuble ou d’avoir une belle vue. Il s’agit toujours d’un tout, comme sur ce bateau. Le design est un parti pris, ne serait-ce que parce que l’intérieur du FLODD est complètement noir. Cela peut paraître brutal, mais cette couleur sombre procure à l’espace un sentiment de sécurité particulier. Elle donne aussi davantage de sens à la vue extérieure, elle invite à regarder par la fenêtre. À l’intérieur, j’ai l’impression d’être assis devant une sorte de télévision, que le monde extérieur joue juste devant ma porte. C’est mon théâtre. L’endroit parfait pour me fondre dans la mise en scène. »

Dans quelles situations appréciez-vous particulièrement la vue qu’offre cet emplacement ?

« Quand je ne fais rien. Ici, on peut passer de longues heures tout seul, à profiter de la vue. J’apprécie aussi beaucoup la vue quand je cuisine. De toute manière, cette cuisine est tout simplement fantastique. À notre époque, les cuisines ouvertes sont très tendance, ce qui est logique parce qu’elles favorisent la sociabilité. Surtout quand j’ai des invités, comme la dernière fois, pour un anniversaire. Pendant que je cuisinais, les invités étaient dans le living ou sur la terrasse. Nous avons tous profité de la fête, même dans la cuisine, on participe à tout ce qui se passe. »

Quoi d’autre vous fascine dans votre bateau FLODD ?

« Cette manière dont tout ici s’agence et se relie avec intelligence et flexibilité. Tout en un – mais par de petites modifications, il est possible de séparer les espaces. Nous disposons d’une salle de séjour, d’une cuisine ouverte et d’un coin chambre à coucher, qui peut être très privé ou très ouvert grâce à deux portes pivotantes. Derrière l’une de ces portes se trouve également la douche. Je peux la fermer, ou la laisser ouverte et regarder les roseaux tandis que l’eau coule. »

Les bateaux FLODD créent un espace de vie fonctionnel qui n’existait pas auparavant. Est-ce là un aspect important pour vous ?

« Toute grande ville finit par atteindre ses limites. À Berlin, nous n’en sommes heureusement pas encore là. Mais qu’on puisse un jour habiter dans ce genre d’endroit, c’était inimaginable il y a quelques années. C’était une grande zone industrielle, où des entreprises traitaient des métaux lourds. Et puis arrive un de ces architectes néerlandais, pour qui vivre sur l’eau est très naturel, qui redécouvre cette zone et en voit le potentiel. C’est merveilleux. »